Vedrenne.
Ce n’est pas lui que j’ai connu  au départ de notre aventure, de celle que j’ai connue et menée avec « l’Atelier du livre qui rêve » pour le compte de la Médiathèque du Lamentin dont j’étais alors le conservateur.

Au commencement ce fut: « l’atelier du livre qui rêve ». Une annonce de spectacles pour jeune public, trouvée au hasard de mes recherches pour des projets d’animation à programmer pour la bibliothèque de jeunesse de la Médiathèque du Lamentin, (Martinique).
Georges Lebanc© Atelier du Livre qui rêve« Le livre qui rêve » : une histoire sans fin ! Une histoire extraordinaire ! Je voyais déjà les livres fermer les yeux, s’échapper au milieu de parterres de nuages, écarquiller les paupières et s’envoler dans un arc-en-ciel de petits papiers…

Contact est pris. Et c’est Françoise Lecoutre, d’abord, la rousse pétillante de la troupe (mais je ne le sais pas encore) qui me répond. Et dont je fais la connaissance.  Je comprends qu’il s’agit d’une compagnie de créateurs divers : comédiens, metteur en scène, marionnettiste, tous gens férus de mots et merveilles, de poésie, d’ « innocentines et obaldiaries », évoluant dans des décors de couleurs, de paillettes. Qui veulent donner du bonheur et de la beauté aux enfants. A travers les mots !
Puis Angèle, le rouge hibiscus de la troupe, aux multiples pétales, au sourire et au rire éclatants…Et Yaya…Et Fred.
Cinq années de rencontres (1994/1998), d’échanges au cours desquels je suis amenée enfin à rencontrer Yves. Védrenne. VEDRENNE.   Yves, le mari de Françoise. Et le père d’Angèle. Le compagnon, le père, le grand ’père mais surtout l’âme, l’essence de la troupe, l’initiateur, le référent.

( dessin Yves Vedrenne.Maquette pour spectacle "Georges Lebanc" d'après C.Ponti © livre qui rêve)

 

Vedrenne. Yves. La dérision chevillée à la poésie. L’humour rose…et noir quand ça lui prend. La discrétion. L’éternel amusé.
Vedrenne, qui pratique les beaux mots et les belles phrases de la même manière qu’il chausse ses pantoufles et fait le feu dans la cheminée.© Atelier du Livre qui rêve

Vedrenne. Le pain chaud du matin tôt. Qui a l’œil sur tout. Prévoit tout. Et prévient tout. Arrondit les angles. Relie les pointillés. Comble les espaces et lie les éléments. En silence. En douceur.  Toujours en empathie. Il a de grandes colères, disent ses proches.  (un état que je n’ai pas eu le privilège de connaître !)

Vedrenne, le créateur. Dont il faudrait aménager le confort des idées, pour des innovations, des trouvailles toujours plus poussées, plus récentes. Pourtant c’est au confort de la troupe qu’il pense. Confort, surtout,  de « Madame Lecoutre»,  (comme il aime, amoureusement, à l’appeler !)   qu’il enrobe de ses pensées.

L’homme Vedrenne : un tout. Un ensemble singulier qui vit pour le collectif. Le collectif : la troupe ; les publics ; les enfants  dont il veut titiller l’enfance, l’innocence pour l’enfant qui dort et peut s’éveiller de nouveau en chacun de nous. Enfance de tendresse, de baisers, de diableries, d’émerveillement, de beauté.

Guirlandes, papiers de soir (et d’Arménie !), découpages précis et précieux, dessins piqués d’humour et de forfanterie, d’audace, marionnettes petits et grands formats.

                                                                            ( dessin Yves Vedrenne. Jeu de L'oie géant sur les contes de fées © livre qui rêve)

Védrenne collectionneur aussi, de stylos (pour le dessin, bien sûr) et de bagues, de bouquins sérieux et pas sérieux, pour les enfants et les adultes. Et de vaches : de toutes sortes et tous matériaux et de toutes couleurs, qui beuglent et qui meuglent. Et vous réveillent au petit matin !

grenouille ©Atelier du livre qui rêveIl débouche le vin et passe le fromage, autour de la grande tablée d’amis, des proches de la famille, des comédiens qui sont la famille aussi. Et les mots fusent. De  Abel qui sauce son pain et passe le mot saucé à Emma. Angèle et les autres (Emilie et  Jeremy) commentent le dernier « Jean de la lune ».
«  Chaque spectacle est différent»   dira  Françoise .
Vedrenne laisse la table pour souffler le feu de la cheminée. Les mille brindilles qui crépitent font s’élever de minuscules paillettes dorées, comme celles dont Angèle parsème les cheveux des enfants, au final des spectacles.

 

( dessin Yves Vedrenne. Maquette pour affiche à Melun © livre qui rêve)

 

 

Yves, tu es parti en  escapade, ce jour du 22 janvier ! Dans le ciel, tu parcours les nuages, à cheval sur ton char d’or, racontant à voix basse  contes et histoires, présentant  aux nuages dessins et marionnettes. A ta façon. Tendre et amusée. Pleine d’amour, de générosité, d’humanité. Et de beauté.

Ton char a laissé une pluie de poussières d’or sur mon visage.

 

Yves te Angèle Musée DobréeCB--5628(Photo :Yves et Angèle Vedrenne © C.Blanchard)

Auteur article:  © Anique Sylvestre Conservateur Médiathèque du Lamentin et Directrice de la bibliothèque Schoelcher, Fort de France