Yves Vedrenne

Initiateur et réalisateur d’unités mobiles

d’animation culturelles populaires intergénérationnelles

On connaît Yves Vedrenne comme poète. On sait qu’il s’imposa comme manipulateur de marionnettes et de marottes.  Puis on le retrouve réalisateur et metteur en scène de spectacles pour enfants et comme adaptateur inspiré des plus grands auteurs pour enfants de la littérature contemporaine. Toujours en recherche, il était innovateur dans l’esprit . C’est pourquoi, toujours, et quoi qu’il fasse on reconnaissait la « touche Vedrenne » sans jamais pourtant tomber dans la facilité de s’imiter lui-même

                                                   numérisation0018

                                                       Photo: Yves Vedrenne (à droite) et Françoise Lecoutre ( en haut à gauche)

Yves Vedrenne, était  un homme d’une qualité artistique hors du commun, mais aussi d’une humilité presque timide, son respect du public et l’amour des enfants le guidaient.

Je suis persuadé que les petits (et grands) Melunais des années 80, qui, ont plusieurs années de suite eu le privilège de bénéficier de ses « productions » n’ont pas oublié les spectacles, les animations dans les écoles, les ateliers autour du Livre, en général des ouvrages du catalogue des Éditions de l’École des Loisirs…combien d’enfants en pris goût à la  lecture en rencontrant Jean de la lune ou le Petit bleu et le Petit Jaune.

Vedrenne comme l’appelaient ses familiers et ses amis…en quittant un lieu ne laissait que des regrets…et des souvenirs inaliénables.

Mais l’une de ses forces en plus de ses multiples talents, était de savoir, bien avant d’autres « troupes » de création contemporaine, conjuguer toutes les disciplines…artistiques du spectacle vivant. Ouvert à toute idée nouvelle et il n’a jamais reculé devant la difficulté d’une entreprise de création (risquant souvent des sourires narquois voire que ses projets soient taxés d’incongrus), mais le saltimbanque qu’il était, savait non seulement convaincre et enthousiasmer, mais en plus il savait se faire apprécier autant qu’aimer.

 

C’est ainsi que de 1973 à 1983, il anima les lieux que fréquentaient les enfants (Centres de Loisirs, écoles, jardins publics..), mais aussi et surtout la rue (au pied des « tours »).

                                           Opéra Polaire

                                         ( Photo: Ateliers de création  autour de "L'Opéra Polaire" d'après un livre Elke Heidenreich  © c.Blanchard)

C’est au cœur même des quartiers périphériques et au centre de la ville qu’il s’installait : avec « sa paire de ciseaux, son agrafeuse et des feuilles de papier ». Et la magie opérait…les enfants (et les parents) étonnés puis subjugués, le silence se faisait, d’abord badauds debout et flâneurs curieux, voyaient ce Monsieur débonnaire et souriant fabriquer en quelques coups de ciseaux avec une agrafeuse et du papier…un crocodile ou un chat, et c’était parti : les enfants l’interpelaient en lui demandant tel ou tel animal, et naissaient des girafes, des chiens …une arche de Noé. Les heureux bénéficiaires des œuvres n’étaient pas peu fiers. (J’ai personnellement revu une dizaine d’années après dans le chambre de leurs enfants un découpage – un basset - donné jadis par Yves à l’un des parents… C’est dire ?)

Puis, peu à peu « les complices » de Vedrenne sortaient de l’ombre, les uns avec une caisse de livres à disposition, que les enfants pouvaient consulter sur place, librement…et assis sur les pelouses interdites, mais exceptionnellement … les enfants lisaient et exigeaient d’aller jusqu’au bout…les parents impatients patientaient ; d’autres complices avaient des mallettes de maquillages ( ce qui était alors encore peu répandu) : les enfants devenaient chats, chiens, lion, tigre…  et ainsi, de fil en aiguille « le Centre d’Art et d’essai du spectacle pour enfants » s’emparait des rues de la ville…inutile de préciser que les spectacles programmés avaient le succès mérité.

 

Toujours dans sa quête du faire plus et mieux, il franchit une nouvelle étape : L’installation de longue durée dans les quartiers au milieu des immeubles durant les vacances d’été.

Les comédiens et les animateurs, arrivaient, s’installaient, faisaient ...était présents, à disposition.Rosette et les quarantes voleuses Très vite les enfants, curieux s’approchaient et venaient voir…souhaitaient participer. Certains animateurs proposaient des découpages, des coloriages, des assemblages. D’autres après avoir installé des tréteaux et étalé des livres racontaient, là, des histoires ou, ici, faisaient, des lectures vivantes. Ailleurs, on proposait de « faire les comédiens » et petit à petit, comme un cirque s’installant l’espace désert et déserté, prenait vie et s’animait.   

Point n’était besoin de publicité où de rabattage pour avoir « du public »…les enfants amenaient les parents…et très vite ceux-ci s’installaient dans cette grande aire vivante de jeux, rencontre et de dialogue.

Puis, régulièrement le magicien aux ciseaux ébahissait les petits et les grands, annonçait un spectacle le soir…alors les futurs spectateurs devenaient apprentis machinistes, sonorisateurs ou décorateurs…et le soir, de spectateur consommateur passif, ils devenaient des spectateurs actifs et réactifs, des participants

Ces initiations aux différents arts du spectacle où jamais la musique n’était absente créèrent une réelle demande des familles et les dialogues avec les parents permettaient une initiation et une approche privilégiée et festive de la culture et du spectacle vivant.

        Un riche trois pauvres Calaferte ©atelier du livre qui rêve                             DSC_0311          

( photo :Ateliers de créations  "un riche trois pauvres" d'après une pièce de Calaferte © livre qui rêve )

Puis vint, à Yves Vedrenne, l’idée que,  bien que ces animations d’été, dont le succès, ne se démentaient pas, elles devraient avoir une particularité et une singularité différentes chaque année.

Ainsi, il y eut l’année de l’Anguille de Melun «  crie avant qu’on ne l’écorche » (dixit Rabelais), l’année du Kaléidoscope, celle de la Montagne molle et celle du Ludion.….ces grandes animations multidisciplinaires restent dans la mémoire des Melunais. Aujourd’hui encore elles sont très significatives et symbolisent près de quarante ans après, un des plus forts moments des animations de l’été melunais.

L’Anguille de Melun, une animation qui a fait intervenir l’ensemble de la population. Typiquement intergénérationnelle, cette manifestation sur deux jours avait nécessité le concours de plus de 2000 personnes, jeunes et vieux, et de quelques dizaines de comédiens  et d’animateurs professionnels. Elle a été préparée au cours de l’hiver et du printemps par la plupart des associations melunaises, du club de Pétanque aux pêcheurs à la ligne en passant par les clubs sportifs, guidés et coordonnés par l’équipe du Centre d’art et d’essai du spectacle pour enfants d’Yves Vedrenne.

C’est donc une gigantesque « Anguille » de 15 mètres de long, portée par quelques centaines d’enfants, dont Vedrenne avait conçu la maquette, qui fut réalisée par éléments dans la dizaine de Centres de loisirs, et rassemblées sur la place centrale de la ville après qu’ils ont été promenés et montrés, accompagnés des groupes musicaux et des enfants déguisés et grimés qui rameutaient les autres… le tout sous l’œil attentif de la Troupe et de ses comédiens.

Arriva le jour de la fête où les divers éléments de l’Anguille se raccrochaient les uns aux autres et après un périple dans le Centre ville. En Apothéose, L’Anguille  elle fut mise sur une barge et s’en alla au fil de l’eau sur la Seine.

                                                       numérisation0002( photo: Le Kaléïdoscope)

Le Kaléïdoscope. Une structure «  Signal » et « Un lieu de Jeu et de spectacle sonorisé», un castelet géant et sur roues, donc mobile et itinérant dans les divers lieux de vie de la ville. Un grand char, construit sur la base d’une très grande remorque agricole avec l’aide de forgerons du cru, durant l’hiver, par Yves Vedrenne, qui en avait conçu avec quelques animateurs de la ville, tant l’exploitation pratique que les possibilités d’utilisation artistiques et d’animation. Ce Signal fort, car haut en couleur circulant dans les rues, motorisé par un tracteur, allait de place en place et accueillait petits et grands. Les cotés et le fonds déployés et nous avions un podium sur 360 °, des stores ouverts protégeaient de la pluie comme du soleil… bref, un petit Centre culturel itinérant où l’ont pouvait jouer, lire, faire ou écouter de la musique…et mille autres choses, car évidemment au fil des mois d’été s’y ajoutèrent d’autres activités…parfois suggérées, voire initiées, et menées par des parents eux-mêmes !

C’est ainsi, qu’avec un architecte de ses amis, Yves Vedrenne installa entre les tours et les barres d’immeubles du quartier de la Zone d’urbanisation prioritaire – ZUP – dont on connaît les difficultés, une espèce de grand coussin aux couleurs vives, constitué par une bâche de plastique adéquat, gonflé plus ou moins selon l’usage que l’on souhaitait en faire.

Peu gonflée, voilà une sorte de « mer » mobile avec des grosses vagues que les enfants enjambaient gaillardement.

Un peu plus gonflée, voilà déjà qu’apparaissait la forme du coussin carré et l’utilisation était l’ascension à l’aide de cordes qui tramaient les pentes…d’où le nom couramment donné à cette animation : la Montagne Molle.

Plus elle était gonflée, plus l’ascension était difficile, mais aussi elle devenait un multitoboggan dans la descente. Un jeu recommencé maintes fois, car arrivé au sommet on était au niveau du quatrième étage des immeubles ..C’était tout simplement merveilleux.

Gonflée totalement on pouvait entrer dans « la Bulle » l’acoustique avait quelque chose de « spécial » et les enfants essayaient toutes sortes sons….Cela donnait une impression un peu surnaturelle. On y fit des animations, des concerts courts…et bien d’autres usages. Le plus important étant la rencontre les spectateurs avec ceux qui font le spectacle.

                                     .Melun0001

                                                      ( Photo: Montage de la structure avec les enfants du quartier)

Rencontre qui se concrétisa l’année suivante par la mise en place du LUDION, un cabaret éphémère (pour l’été) où tous les soirs un spectacle était donné, par des professionnels qui avaient initié des amateurs (enfants et adultes) dans la journée ou les jours précédents…Ce fut un succès puisque l’on refusait chaque soir du monde.

 

Toutes ces actions conçues, menées, dirigées et réalisées par Yves Vedrenne ont fait de lui un personnage connu de tous les Melunais qui se bousculaient durant l’année scolaire pour voir ses spectacles. 

Yves Vedrenne et son équipe, très largement aidés par la commune et ses animateurs locaux, avaient apporté dans sa musette du rêve et de la magie, sans jamais oublier de faire des actions tournées vers la culture et l’animation accessible à tous, et favorisant la rencontre intergénérationnelle


auteur article  © Eric Schlag den Hauffen. Melun Eric0002

                                                                                               ( photo: Eric Schlag den Hauffen, à Melun)